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Le Capbreu d'Argelès : un document enluminé (et ... lumineux ?)

STATIO > TACIONE > TATZO > TAXO

STATIO AD STABULUM ? ...

Quoi qu'il en soit, il m'est resté en mémoire des éléments de l'argumentaire que j'avais développé en 1994 :


LA TRAME VIAIRE :

Que ce soit à l'époque romaine ou à l'époque médiévale, voire au XIX° siècle, les chemins ont toujours été établis sur les terrains les plus sûrs (donc les plus fermes), soit, en gros, pour le territoire d'Argelès-sur-mer, sur une ligne allant de Taxo d'Avall au Racou en passant par la Tour de Pujols et le Chemin de Charlemagne (anciennement : Carrera de las Magnas !). Et ce n'est qu'au XX° sècle que la route (départementale) du Littoral a rompu avec cette logique.

Pour ce qui est du "Chemin de ... Charlemagne", consultons mon rapport de 1994 :

Plan d’Occupation des Sols - Rapport de présentation -Pages 72 / 73 :   

"A ce point du raisonnement, il n’est pas inutile d’ouvrir une parenthèse sur l’origine "toponymique du chemin de Charlemagne, c’est-à-dire la CARRERA DE LAS MAGNAS

"Sur le plan d’assemblage du cadastre de 1813 est indiquée la trame viaire du Mas de "« Narieu » à la Carrera de las Magnas. Sur l’une des feuilles de ce cadastre, une courte "portion de cette « carrera » a reçu le nom de « Chemin de Carolus Magnus », formulation "latine un peu trop classique pour avoir survécu jusqu’en 1813 (et pour être prise au sérieux. 

"Par contre, pour ce qui est de la Carrera de las Magnas, on peut essayer de remonter le "temps à l’aide de l’ouvrage de Lluis BASSEDA : »TOPONYMIE HISTORIQUE DE CATALUNYA "NORD (Revista « Terra Nostra », 1990). 

"Il y est rappelé que le domaine rural, appelé « fundus » par les Romains, devint « Villa » après "le V° Siècle, ce qui entraîna tardivement, sans doute à l’époque franque, la féminisation du "suffixe « anum » (permettant de localiser ou de personnaliser le « fundus ») en « ana ». D’où "les toponymes de Clariana, Marsana, Bolzana,en Catalunya-Nord, ou de Siurana, Pinyana et "Agullana, en Catalunya-Sud, par exemple. 

"Bien après le V° Siècle, le suffixe « anum » est souvent passé au pluriel « anos » (ou « anus » "ou « anis »), peut-être après le pluriel « Villae », ou pour désigner tous les membres d’une "même famille. Cette finale ANOS est devenue ANS, dans les langues Romane et Catalane, "mais s’est réduite en AS, en particulier dans la plaine du Roussillon. 

"Ainsi « Cassius-anos » a produit « Caixans » en Cerdanya et « Caixàs » en Rossello. "« Maurelius-anos » (Maurellans au XII° Siècle) a abouti à Maurellàs. Et Mannius-anos "(Manyans au XIV° Siècle) a produit ensuite Manyàs, désignant un hameau disparu près de "Tatzo, attesté par des vestiges médiévaux découverts en 1905. 

"Ainsi, le nom de « Carrera de las Magnas » est très certainement la déformation de « Carrera "de Manyàs. Cette voie passant par Tatzo, par le chemin dit aujourd’hui de « Nèguebous », "par Pujols et par le Mas Lecler, donnait accès à Collioure (Cauco-Illibéris) par le Racou et "Porteils. 

"On note qu’elle est assise sur les terres fermes du Villafranchien (moins 2 millions d’années) "est qu’elle est sensiblement parallèle au rivage à -2500 ans défini par Henri GOT. Par sa "situation stratégique elle permettait de surveiller les dangers venant de la mer, mais aussi les "navires commerçants des Phéniciens ou des Grecs, et certains avancent qu’il pourraît s’agir de "l’antique VIA HERAKLEA."




LA TOPONYMIE et l'ETYMOLOGIE :

En examinant le cadastre de 1813 et son état des sections, il m'est arrivé plusieurs fois de prendre en flagrant délit de "francisation" les géomètres PRESSEQ et VISSEQ et l'ingénieur vérificateur DELPECH (des "gavatxos" à n'en pas douter). Ainsi le Mas Torrenaps (devenu le Mas Tournap), le Mas del Fraire (Mas d'en Frère) et, probablement "el mas d'anar al riu", devenu le Mas Narieu  (aujourd'hui le Mas Larrieu). Mais aussi et surtout TATZO, devenu TAXO !

A ce sujet, j'écrivais dans mon rapport en 1994 :

Enfin, en 1292, citons le CAPBREU d'ARGELES. Il s'agit d'un document (actuellement conservé aux Archives Départementales) constitué d'un série d'actes par lesquels le Notaire (Procureur Royal) déclare reconnaître au nom de Jacques 1er, Roi de Majorque, un droit de propriété au chef de famille sur certaines terres. Ce superbe document, ancêtre du cadastre, donne une idée des noms de lieux et des noms de personnes en usage à cette époque. Ces noms sont écrits, non en latin, mais en CATALAN, avec (déjà) quelques francisations (ou "romanisations" ?) dues à la plume du scribe... Parmi les noms des lieux-dits, on relève SANCTE MARTINI DE TACIONE, aujourd'hui chapelle Saint-Martin de Taxo (d'Avall). D'aucuns n'hésitent pas à faire remonter l'étymologie de "Tacione" au mot latin "statione" (statio). Et, quand on sait (si l'on en croit l'Itinéraire d'Antonin) qu'il y avait sur la VIA DOMITIA un lieu de repos, de halte (et de péage?) nommé "STATIO AD STABULUM" situé quelque part entre ILLIBERIS (ELNE) et EL VOLO (LE BOULOU), la tentation est grande de voir dans l'expression latine désignant ce lieu l'origine étymologique de TATZO D'AVALL ...

A noter que le premier document attesté où figure une mention nominale signifiante pour ARGELES est un acte de l'an 897 par lequel Romain, prêtre, et sa soeur Chillio vendent à Riculfe, évêque d'Elne, leur alleu sis en Comté de Roussillon, au lieu-dit Montauriol ; de même leur part de propriété dans un autre lieu "AD FLUVIO ARGELARIO" ; de même leur part de propriété dans un autre lieu "AD IPSA SERRA", sur le territoire de "VILLA TACIONE SUBTERIORE".

Ainsi, durant quatre siècles, le mot TACIONE est-il resté "enkysté" pour désigner ce qui est devenu aujourd'hui Taxo d'Avall. Quant à l'origine étymologique de ce mot, les mots "tacio" ou "tatio" n'existant pas en latin, on est bien forcé de penser au mot STATIO et à ses déclinaisons comme, par exemple "esse statione" (être de garde)...

La suite : ICI

BISLY Jean-Pierre | jean-pierre.bisly@wanadoo.fr